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mercredi 21 décembre 2011

Regard sur trace...












traçabilité
lien
trace tracé traçage
du trait
qui suit le son le mot le regard
que suit le regard le son le mot
empreinte fondue
bien fondée
bien empreintée
bien appuyée
grottée
traçage tracé trace
de notre humanité qui du fond
des crevasses des failles des gouffres
surgit ressurgit
pochoir de nos urbanités préhistoriques
miroir de nos préhistoriques civilités
coup de pouce
emprunté à quelque humanoïde
du fond des traces
qui de son âge
scelle le sceau
des semblances si dissemblables
à des milliers de traces
de là
comme un chemin de pas
orné de mots muets
grottés

Photo de mhaleph

Ecrit à partir d'un fil conducteur en observant : trace... dans focale bis... et en relisant : Néolithique dans Chronique

lundi 18 juillet 2011

Lirecrire

J'ai mis en italique les passages qui m'ont interpellée.

Avec Siri Hustvedt


" L’aventure visuelle de la lecture correspond à celle de l’écriture. On ne peut avoir l’une sans l’autre. La lecture est active, mais l’écriture est plus active encore. Lorsqu’on invente une histoire on fait une place au lecteur dans le texte, et ceci soulève l’éternelle question de l’écriture d’un livre : qu’y mettre, que laisser en dehors ? On peut soutenir qu’il existe deux sortes d’auteurs dans le monde : ceux qui incluent tout et ceux qui excluent beaucoup […]
Ecrire des romans, c’est comme se souvenir de ce qui n’est jamais arrivé. Cela imite la mémoire sans être la mémoire. Des images apparaissent comme un territoire textuel, parce que c’est ainsi que le cerveau fonctionne. Si ignorante que je sois de la science de la mémoire et du cerveau, je suis convaincue que les processus de la mémoire et de l’invention sont liés dans l’esprit […]
J’ai fermé le livre, et j’ai eu cette pensée qui m’a choquée moi-même : « Ceci vaut mieux que la vie. » Je ne voulais pas dire cela, je ne souhaitais même pas le penser, mais je le pensais, j’en ai peur. Certainement, le fait de ressentir cela pour un livre est ce qui donne aux gens envie d’écrire. Je ne sais pas pourquoi je me sens plus vivante quand j’écris, mais c’est ainsi. J’imagine peut-être que si je gratte du papier avec assez de force, je durerai. La réalité ne suffit peut-être pas, ou peut-être la distinction entre la réalité et la fiction n’est-elle pas bien claire. On crée la fiction avec les matériaux de la réalité, après tout, y compris les rêves, les souhaits, les fantasmes et les souvenirs."
Yonder

Avec Ernest Hemingway

" Quand j’avais achevé le travail de la journée, je rangeais mon cahier ou mes papiers dans le tiroir de la table et fourrais dans mes poches les oranges qui restaient […]

C’était merveilleux de descendre l’interminable escalier en pensant que j’avais eu de la chance dans mon travail. Je travaillais toujours jusqu’au moment où j’avais entièrement achevé un passage et m’arrêtais quand j’avais trouvé la suite. Ainsi, j’étais sûr de pouvoir poursuivre le lendemain. Mais parfois, quand je commençais un nouveau récit et ne pouvais le mettre en train, je m’asseyais devant le feu et pressais la pelure d’une des petites oranges au-dessus de la flamme et contemplais son crépitement bleu. Ou bien je me levais et regardais les toits de Paris et pensais : « Ne t’en fais pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses. » Ainsi finalement, j’écrivais une phrase vraie et continuais à partir de là."
Paris est une fête

Photos de mhaleph

mardi 6 novembre 2007

Amélioration

En relisant certains textes, on finit toujours par se rendre compte de tics de langage et d’écriture, hormis quelques audaces langagières et syntaxiques. Ils sont là, dans la phrase, comme autant d’équivoques à rectifier, comme autant d’épines meurtrières à supprimer. Il n’y a donc d’autre urgence que de relire, reformuler, reprendre. On finit alors par réaliser matériellement à quel point l’acte d’écrire, qui engendre le face à face avec soi-même et qui suscite un plaisir heureux mais aussi morose ou inachevé, est solitaire et ardu.
Tout dépend, le plus souvent, de ce qui ressurgit, de ce qui remonte à la surface. Tout dépend de ce qu’on arrive à écrire ou à ne pas écrire. Car il existe ce qu’on arrive à formuler et ce qui résiste à la mise en forme. En effet, parfois, des histoires entières résistent à la mise en mots, hésitent, attendent le moment propice. Il ne sert donc à rien de forcer le verbe, de vouloir lui faire dire à tout prix. Il vient toujours en son temps, naturellement, sans être brusqué. Plus vrai.

Toujours est-il qu'écrire vide littéralement.

Après avoir écrit pendant un certain temps, longtemps parfois, une légèreté particulière et inhabituelle m’anime et un apaisement salvateur m’enveloppe. Je me sens bien comme si je venais de faire une agréable promenade de santé et d’engranger du plaisir pour plusieurs jours. Je suis alors vide de tensions.
Autre possibilité, une énorme fatigue m’accable et je me sens affligée d’une fringale phénoménale. C’est bien de l’épuisement que je ressens, comme si j’avais traversé une grande ville ou une mégapole du Nord au Sud ou d’Ouest en Est, en pleine nuit par un froid sibérien ou par une chaleur torride.

Mais, quelles que soient les réactions a posteriori, ce n’est jamais un déplaisir de prendre le stylo et de se mettre au travail en sachant qu’on va encore éprouver ce mélange subtil de bonheur et de fatigue.

Mars 2005

Photo de mhaleph
 

lundi 5 novembre 2007

Séisme

L’écriture, c’est le moment où la terre se fend sous les pieds et où l’on perd l’équilibre. Perte d’un centre pour en retrouver un autre, inconnu, dont on ne connaît pas les règles, s’il y en a. On ouvre des portes ouvertes constamment verrouillées de l’intérieur. On investit des territoires inhabités peuplés de foules. On s’épanouit dans le paradoxe, on s’acoquine avec l’oxymore. On s’écrit alors, à ce point d’intersection entre la vie et la mort, cette figure du désir qui toujours commande de vivre, cette fissure entre les mots et le silence, lieu où le verbe existe vraiment, ou tente d’être. C’est l’inverse de la parole centrifuge qui s’écroule sur elle-même à force d’être trop bavarde et de n’écouter que son propre discours « in-signifiant » car rien n’est vrai ou presque dans ce qu’elle dit, sinon qu’elle voudrait combler l’oubli, la perte, l’incertitude, le vide. Ce creux, cette faille, c’est un point névralgique, l’endroit et le moment où la pensée naît et prend forme, où elle se met en mots en les cherchant avec justesse et non en les débitant comme autant de balles perdues.
A vrai dire, c’est surtout l’envie de travailler les mots, de déplacer les propos, de faire glisser les champs de perception : de voir avec les oreilles, d’entendre avec les yeux, de goûter avec les doigts, de toucher avec le nez, de sentir avec la langue qui pousserait parfois à écrire. Ce ne serait jamais que le désir de déplacer des territoires. Les perceptions brouillées par les glissements de sens ouvriraient en partie d’autres mondes.
Ce qui importerait, serait la résonance que les événements petits ou grands, personnels ou collectifs et universels pourraient avoir sur l’écriture. Cet écho traverserait donc les textes et les images. Regard relatif. Ressenti relatif. Transparence relative. Complexités obligent.Un texte qui s’écrit reste personnel malgré ses artifices, malgré les contraintes littéraires qu'un auteur singulier peut s’imposer. Car, même s'il recherchait « l’objectivité » absolue, il n’est pas certain de l'atteindre. Aussi honnête soit-on dans cette intention, il est peu probable d’y arriver « en toute objectivité ». De fait, « notre » réalité objective sera sans cesse traversée par ce qui nous singularise, par notre histoire parasitaire. On modalise malgré soi, même si l’on veut s’absenter derrière les mots. Disparaître de la langue ou dans la langue, devenir invisible semble vain.Se cacher dans la langue reste un exercice difficile et sans doute quasi illusoire même si le gommage de soi est souvent tenté. Il arrive un moment, où « je » réapparaît. Les mots tracés sont prisonniers dans la plus grande liberté. L’absence de soi dans l’acte d’écrire c’est la folie des limites qui nous excluent de nous-mêmes. Il semblerait qu’on s’écrive, en pointillés, même dans la neutralité.De la même manière, lire ou relire un auteur c’est le lire en fonction d’une réceptivité propre. Ce n’est en aucun cas une lecture unique, mais plutôt une lecture par strates. Ce sont finalement des lectures stratifiées par réitération, des lectures qui prennent de l’épaisseur, du volume, de la densité, du corps. La réception de l’écrit reste évolutive et multiple. C’est son intérêt. Elle est toujours ouverte.


Mai 2003

Photo de mhaleph